Maurice, E. M. Forster

Maurice est le roman posthume de l'écrivain britannique E. M. Forster. Publié en 1971, il est devenu depuis un roman culte de la littérature gay, faisant de Maurice l'un des premiers narrateurs homosexuels auxquels beaucoup se sont identifiés.

Pourquoi lire Maurice ?

  • Le livre : un livre culte pour de nombreux lecteurs gays à sa sortie en 1971 après la mort de l’auteur.
  • Le décor : l’Angleterre du début du XXe siècle. Comment grandit-on gay entre le collège de l’aristocratie et les aventures sexuelles avec les classes populaires ?
  • Le genre : dans la lignée des romans d’apprentissage classiques, on suit un jeune adulte qui se sent perdu dans cette société puritaine qu’il rejette.
  • Le style : une écriture peut-être un peu désuète (le livre a été écrit en 1913-1914) mais qui possède le charme des romans britanniques de l’époque.

L’histoire

Le narrateur est un jeune aristocrate anglais qui se rend compte qu’il n’est pas la personne que sa famille et la société attendent de lui. Il devient athée d’abord puis tombe amoureux de l’un de ses camarades.

C’est l’histoire de cette transformation d’abord que nous raconte E. M. Forster, puis l’histoire de cet amour non partagé par l’objet de ces désirs. Certains passages où le narrateur se languit sont déchirants de beauté.

Maurice finira-t-il par trouver l’amour dans les bras d’autres hommes ? Jusqu’où sera-t-il prêt à aller pour vivre sa vie avec qui il l’entend ? Va-t-il couper les ponts avec sa famille, quitter sa classe et sa condition, s’enfuir vers un pays plus libre ?

Maurice, un livre devenu classique d’une communauté

En 1971, peu de livres aussi ouverts sur l’homosexualité du narrateur avaient vu le jour, surtout en Grande-Bretagne. D’autres auteurs avaient bien sûr écrits des livres qui avaient déjà secoué la morale bien pensante. On pense à Proust, Gide, Green, Isherwood, Wilde, Genet bien sûr. Mais alors que certains avaient surtout choqué, d’autres moqué, Maurice a été considéré comme l’un des premiers livres avec un narrateur auxquels nombres d’homosexuels pouvaient s’identifier.

Les héros de Genet (hors la loi), ceux d’Isherwood ou de Klaus Mann (émigrés quittant tout, vivant une vie de bohème à Berlin, Paris ou New York, symboles d’une vie d’errance pendant la guerre) ne reflétaient pas la vie des jeunes Anglais. Même David, le héros bisexuel de La Chambre de Giovanni de James Baldwin ne leur correspondait pas. Il était difficile de s’identifier à ce personnage trouble et troublant, qui n’aimait personne et qui, même à la fin du livre, n’allait nulle part de bien précis. Pas de rôle à suivre donc.

Maurice à sa publication en 1971

Le narrateur de Maurice est un jeune homosexuel qui cherche à vivre sa vie et ses relations amoureuses et sexuelles dans un monde qui le lui refuse. On comprend alors qu’en 1971, nombre de jeunes et moins jeunes, surtout en Angleterre, ont dévoré ce livre. Les problèmes traités (rupture avec la famille, mensonges dans la vie mondaine et au travail, difficiles rencontres entre différentes classes) étaient encore d’actualité.

Malgré son écriture très classique, il a été lu avidement par des lecteurs qui n’attendaient que ce livre. Même publié plus de 50 ans après sa rédaction, il était encore novateur.

« You do care a little for me, I know… but nothing to speak of, and you don’t love me. I was yours once till death if you’d cared to keep me, but I’m someone else’s now… and he’s mine in a way that shocks you, but why don’t you stop being shocked, and attend to your own happiness. »

Maurice, E. M. FORSTER

Ce que j’en ai pensé

J’ai eu un avis très mitigé à ma lecture. J’ai trouvé le livre daté. Je m’explique : J’ai lu beaucoup de romans qui traitent du même sujet (comment grandir gay ?), certains publiés récemment, certains moins récents.

Et Maurice appartient à la première génération des écrits sur le sujet. Le roman a été écrit au début du XXe siècle (plus ou moins au même moment où André Gide et Christopher Isherwood écrivaient leurs livres). Et ça se sent. Pourtant même ça ne veut rien dire. Parce que j’ai pris énormément de plaisir à lire Les Faux-Monnayeurs ou Christopher et son monde.

Je pense que mon ressenti est lié à la publication de ce livre à titre posthume. Il a fallu attendre la mort de l’auteur dans les années 70 pour que ce livre voit le jour, sans doute trop tard. Après tous les changements dans la littérature gay dans la deuxième moitié du XXe siècle, Maurice fait figure de roman timide et vieux-jeu.

Pour autant, lu avec cette idée en tête, il apporte sans doute beaucoup à qui s’intéresse à l’histoire de la littérature LGBT. Et donne d’autres clefs pour comprendre le vécu des jeunes homosexuels dans l’Angleterre pudibonde, entre les cercles masculins des Colleges et les relations sexuelles avec des jeunes moins échaudés des classes populaires.

Et surtout, toutes les personnes avec qui j’ai pu parler de ce livre sur instagram m’ont dit qu’elles n’avaient pas du tout eu le même ressenti que moi ! Donc ne m’écoutez pas et lancez-vous s’il vous intéresse !

Maurice sur instagram

Où trouver Maurice de e. M. forster ?

Je l’ai lu en anglais chez Penguin Classics, mais il a été publié en français en poche chez 10/18.

Que lire après ?

Avec vue sur l’Arno est le prochain livre de E. M. Forster qui me fait très envie !

Mais lire Maurice m’a aussi donné envie de lire d’autres classiques de la littérature gay anglo-saxonne, parmi lesquels :

Maurice, E. M. Forster est un livre qui se passe en Angleterre, en Grande-Bretagne.

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