Les testaments, Margaret Atwood

Les Testaments est le dernier roman de Margaret Atwood. C'est la suite tant attendue – et très réussie – de son livre le plus connu : La servante écarlate, sorti en 1985. Trente-quatre ans après, l'autrice canadienne parvient encore à nous surprendre et à satisfaire nos attentes et nos exigences. Si vous avez aimé La servante écarlate, alors j'espère que comme moi vous aimerez Les Testaments ! Et que vous aurez autant de plaisir que moi à lire enfin ce qu'il advient de Gilead et des personnages qu'on a suivi dans le premier tome.

POURQUOI LIRE LEs testaments ?

  • Le livre : Les Testaments est la suite très attendue de La servante écarlate, le roman le plus connu de l’autrice canadienne Margaret Atwood.
  • Le décor : comme dans le premier livre, on se retrouve à Gilead, mais on suit également certains personnages au Canada.
  • Le genre : comme beaucoup de livres de Margaret Atwood, Les Testaments peut être considéré comme de la speculative fiction, ce qu’on appelle en France littérature de l’imaginaire.
  • Le style : on retrouve l’écriture si caractéristique d’Atwood, son humour, son rythme, sa capacité à décrire les objets du quotidien, à nous faire voir ce monde qu’on ne connaît pas.

L’HISTOIRE

Je ne vais pas raconter l’histoire. J’imagine que beaucoup d’entre vous ont lu La servante écarlate (et/ou ont sans doute vu la série) et attendent cette suite avec impatience. Moi-même, je n’aurais pas aimé en savoir trop sur le livre avant de l’ouvrir.

Je vais donc rester vague : Les Testaments répond à plusieurs questions que les lectrices et lecteurs pouvaient se poser après la lecture de La servante écarlate. On retrouve certains personnages du premier roman, mais d’autres sont nouveaux. C’est tout bonnement la suite de La servante écarlate, et ça a peu à voir avec la série (et c’est tant mieux !).

Une suite à la hauteur des attentes

Ce qui faisait toute la force de La servante écarlate, c’était sa narration. L’histoire racontée par June. Vous ne serez alors pas surpris·es si ce qui fait la force des Testaments, c’est là encore sa narration. Cette fois, on se trouve face à plusieurs narrations : une Tante, la fille d’un Commandeur et une autre personne au Canada. J’aime beaucoup cette construction, cette idée de roman morcelé (qu’on retrouve par exemple dans d’autres livres de Margaret Atwood : Captive et Le tueur aveugle) parce qu’elle permet de ne divulguer les informations qu’au compte-goutte. C’est en reliant les témoignages entre eux qu’on se fait une idée d’ensemble de l’histoire racontée.

Comme on suivait June dans La servante écarlate, on suit maintenant les trois narratrices des Testaments dans leurs tâches, leur quotidien, leurs questionnements, leurs incertitudes. On change de perspective. C’est très intelligent de la part d’Atwood, parce qu’on évite avec brio la suite prévisible. L’autrice nous donne quelque chose de nouveau à lire : ce n’est pas ce à quoi on pourrait s’attendre après avoir lu le premier livre, ni même après avoir vu la série.

Vous l’aurez compris : Les Testaments offrira son lot de surprises. Peut-être que comme moi, vous verrez venir certains dénouements, et d’autres vous laisseront sans voix. Et je trouve que c’est un cocktail génial pour une suite : on retrouve ce qu’on venait y chercher, et on va plus loin que ce qu’on avait pu imaginer !

« Only an idiot would have believed this, so I did. »

Les testaments, Margaret Atwood

L’autre version de l’histoire

Margaret Atwood l’a déjà démontré : elle excelle dans l’art de nous donner à lire des personnages complexes et de jouer avec les idées reçues. Les personnages féminins de Margaret Atwood sont parmi les plus intéressants à lire je trouve. June dans La servante écarlate, restait secrète, inaccessible, et aussi pleine de contradictions, dans sa quête de liberté, son désir de s’en sortir et ce qu’elle était prête à faire pour sauver les êtres qui lui étaient chers.

Avec le changement de perspective, les thèmes changent aussi. Les nouveaux personnages principaux des Testaments nous parlent de duplicité, d’acceptation, de trahison. Entre idéaux et compromis. De ce qu’on est prêt à faire pour sauver sa peau, et jusqu’où on est prêt à aller en se battant pour ce en quoi l’on croit.

Certains personnages des Testaments ont grandi à Gilead, d’autres ont participé à sa construction. J’ai beaucoup aimé que dans ce nouveau livre, on nous donne à lire l’autre version de l’histoire, l’envers du décor. Être dans la tête de ces femmes qui ont refusé notre monde, ou qui ne le connaissent pas, est très intéressant. Toutes les histoires sont plus compliquées qu’elles en ont l’air. Toutes les femmes ne se battent pas pour les mêmes choses, et Margaret Atwood nous le rappelle à travers les Épouses, les Tantes, les Servantes et les Marthas.

« The adult female body was one big booby trap as far as I could tell. If there was a hole, something was bound to be shoved into it and something else was bound to come out, and that went for any kind of hole: a hole in a wall, a hole in a mountain, a hole in the ground. There were so many things that could be done to it or go wrong with it, this adult female body, that I was left feeling I would be better off without it. I considered shrinking myself by not eating, and I did try that for a day, but I got so hungry I couldn’t stick to my resolution, and went to the kitchen in the middle of the night and ate chicken scraps out of the soup pot. »

Les testaments, Margaret Atwood

La profondeur des personnages

Avec Les Testaments, Margaret Atwood continue d’interroger le rapport des femmes avec leur corps, le rapport des femmes entre elles, leur rapport avec les hommes et le patriarcat.

Le choix des trois personnages principaux pour ça est judicieux. D’un côté, on trouve deux filles qui grandissent dans deux milieux très différents. L’une à Gilead, l’autre au Canada. Margaret Atwood nous montre que notre environnement influe énormément sur qui l’on est. Mais en même temps, qu’on est finalement plus proches des autres qu’on ne le croit. Ces deux personnages réagissent différemment, elles représentent l’altérité. Les bêtises de la jeunesse, des deux côtés. La force aussi de ces jeunes femmes, des deux côtés.

Et d’un autre, on a une femme qui vieillit. Avec tout ce que ça implique de perte de confiance en soi, de volonté de parvenir à ses fins, de changements corporels, de doutes aussi. Qu’ai-je fait ? Cette habitude si humaine de juger qui l’on a été, de se trouver des excuses. De faire la liste de ses regrets, de ses remords. Mais aussi : Qu’ai-je encore le temps de faire ? Comment continuer à être la plus forte ?

« Readying myself for bed last night, I unpinned my hair, what is left of it. In one of my bracing homilies to our Aunts some years ago, I preached against vanity, which creeps in despite our strictures against it. ‘Life is not about hair’, I said then, only half jocularly. Which is true, but it is also true that hair is about life. It is the flame of the body’s candle, and as it dwindles the body shrinks and melts away. I once had enough hair for a topknot, in the days of topknots; for a bun, in the age of buns. But now my hair is like our meals here at Ardua Hall: sparse and short. »

Les testaments, Margaret Atwood

CE QUE J’EN AI PENSÉ

Si on juge un livre à la vitesse à laquelle il est lu, alors c’est un très bon livre.

Si on juge un livre à la qualité de son écriture, à son rythme, à son humour, la beauté de certaines tournures, l’intelligence des dialogues, la finesse de sa construction, alors c’est un très très bon livre.

Si on juge un livre à sa capacité à nous tenir en haleine, à nous faire nous poser des questions, à nous pousser à spéculer sur la suite des évènements, à supputer la fin, à nous tromper, à nous donner raison, à nous surprendre et à nous contenter, alors Les Testaments est un livre génial.

J’attendais Les Testaments avec impatience, j’avais un peu peur d’en attendre trop et d’être déçu. Maintenant que je l’ai terminé je peux le dire : je n’ai pas du tout été déçu, j’ai beaucoup beaucoup aimé cette lecture. Margaret Atwood a réussi le pari difficile de me surprendre et de me satisfaire en même temps. Bravo !

(Alors évidemment, je pense qu’il y aura aussi des personnes que Les Testaments ne satisferont pas. Et je pense que c’est normal, c’est le principe même des suites. Le premier livre est génial, tout le monde le lit, tout le monde veut savoir ce qu’il se passe ensuite. Le problème c’est qu’ensuite, on est parfois déçu par les réponses, ou simplement déçu d’avoir eu des réponses…)

OÙ TROUVER LE LIVRE Les Testaments ?

Les Testaments sort en France le 10 octobre aux éditions Robert Laffont. Si comme moi, vous ne pouvez pas attendre, vous pouvez acheter le livre en anglais, publié par Nan A. Talese aux éditions Doubleday.

QUE LIRE APRÈS ?

Si vous n’avez pas encore lu La servante écarlate, vous avez peut-être encore le temps de le lire avant Les Testaments. Mais je me dis aussi, qu’il est sans doute possible de lire le nouveau livre sans avoir lu le premier, si vous connaissez la série.

Si vous voulez lire d’autres livres de Margaret Atwood, je suis loin de les avoir tous lus, mais je vous recommande chaudement ceux-ci :

  • Captive (Alias Grace)
  • Le tueur aveugle (The Blind Assassin)
  • Le dernier homme (Oryx and Crake) que je viens de commencer à écouter en livre audio

Les testaments, Margaret Atwood est un livre qui se passe au Canada, aux États-Unis.

9 Commentaires

  1. Roxane 16 / 09 / 2019

    Non mais wha ! Cette article .. ! Il est d’une profondeur et d’un intérêt extrême ! Je suis ravie que cette article soit sans spoiler mais qu’il présente des détails de l’univers, de l’auteur, de l’écriture, etc. C’est TOP ! Je vais être obliger d’attendre le 10 octobre car je n’arrive pas encore à lire en anglais x) Bisous à toi et merci pour tes articles !

    • Florian 16 / 09 / 2019 — Le Dévorateur

      Merci beaucoup pour ton commentaire ! Ça fait très plaisir. Et je suis content que l’article t’ait plu, et qu’il te donne envie de lire le livre sans trop en savoir dessus. J’ai hâte que tu le lises du coup et que tu reviennes me dire ce que toi tu en auras pensé !

  2. Sarah 16 / 09 / 2019

    Du coup ça a l’air très proche de the year of the flood, la suite de oryx and crake. Niveau narration en tout cas… Je cours l’acheter cet après midi en tout cas 😉

    • Florian 16 / 09 / 2019 — Le Dévorateur

      Ah j’ai encore plus hâte de continuer ma découverte de cette trilogie alors ! Bonne lecture à toi ! Et n’hésite pas à revenir m’en parler quand tu auras lu Les Testaments 😉

      • Sarah 22 / 09 / 2019

        Voilà je l’ai finit 🙂 j’ai adoré ! J’avais deviné qui était qui des les premiers chapitres et je n’ai pas vraiment été surprise par l’histoire. Par contre j’ai adoré l’idée AL et le traitement de ce personnage qui de détesté est devenu un de mes perso préférés de toute la littérature. Si je devais écrire une fanfiction je reprendrai son histoire là ou le texte Ardua hall s’arrête et jimaginerai une façon pour elle de prendre le contrôle sur Gilead et de devenir la suprême leader dans une sorte de matriarchie. Avec Hagseed et The penelopiad, ce livre entre dans mon top 3 des livres de Atwood.

  3. Sarah L. 22 / 09 / 2019

    Voilà je l’ai finit 🙂 j’ai adoré ! J’avais deviné qui était qui des les premiers chapitres et je n’ai pas vraiment été surprise par l’histoire. Par contre j’ai adoré l’idée AL et le traitement de ce personnage qui de détesté est devenu un de mes perso préférés de toute la littérature. Si je devais écrire une fanfiction je reprendrai son histoire là ou le texte Ardua hall s’arrête et jimaginerai une façon pour elle de prendre le contrôle sur Gilead et de devenir la suprême leader dans une sorte de matriarchie. Avec Hagseed et The penelopiad, ce livre entre dans mon top 3 des livres de Atwood.

    • Florian 23 / 09 / 2019 — Le Dévorateur

      Oui ! C’est un personnage très intéressant, profond, qui pousse à réfléchir. Et je pense que Margaret Atwood a très bien fait de suivre ces trois femmes en particulier. Et je ne connais pas ces deux titres dont tu parles ! Je sens qu’il va falloir que je me les procure rapidement !

  4. ANNIE BOURGADE 06 / 10 / 2019

    Hello Florian, lu ou plutôt dévoré Les testaments le WE dernier (que j’ai eu en épreuves non corrigées en français). Je viens de relire ta chronique et je n’y changerai pas une virgule, tu rends un très bel hommage à ce texte et ton analyse est à la fois fine et très juste.
    J’ai BEAUCOUP aimé cette suite et j’avais tellement peur d’être déçue… je trouve même qu’en matière de rythme et de profondeur de vues elle surpasse par moment La Servante. La construction est intelligente, comme tu le dis on progresse avec chacune des héroïnes et c’est ce qui fait qu’on ne veut absolument pas lâcher le livre.
    Est-ce que je te surprends en te disant que mes pages préférées sont les dernières… quand une fois encore Margaret Atwood joue avec nous en projetant un symposium sur ce texte miraculeusement retrouvé, un twist qui me fait ricaner de plaisir littéraire :):):)

    • Florian 07 / 10 / 2019 — Le Dévorateur

      Oh quelle chance de pouvoir lire les épreuves en français !
      Moi aussi j’ai beaucoup aimé cette fin. Elle rejoint la fin de La servante écarlate qui m’avait également beaucoup plu !
      Margaret Atwood réussira toujours à nous surprendre, c’est génial !

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