Le clou, Zhang Yueran

Le clou est le premier roman traduit en français de l'autrice chinoise Zhang Yueran. Deux amis d'enfance se retrouvent après de longues années et se racontent leurs souvenirs et leurs secrets. Un clou a lié le destin de trois familles de Nanyuan, dans la Chine de la Révolution culturelle, et les petits-enfants font les comptes. Un très beau premier roman, tout en poésie et en courage : un jour ou l'autre, on devrait tous faire face à son passé, pour pouvoir continuer à avancer.

POURQUOI LIRE Le Clou ?

  • Le livre : c’est le premier roman publié en français de la jeune autrice chinoise Zhang Yueran.
  • Le décor : la Chine contemporaine, de la Révolution culturelle au Pékin d’aujourd’hui, en passant par l’arrivée du capitalisme dans les années 1990.
  • Le genre : c’est un roman qui traite de la difficulté des relations familiales sous un angle intéressant : deux personnages principaux racontent leur souvenirs, chacun leur tour.
  • Le style : l’écriture de Zhang Yueran est très fluide. Les mots sont justes, mordants, les comparaisons sont belles. Une autrice à suivre !

L’HISTOIRE

Un soir, Li Jiaqi et Cheng Gong vont se retrouver pour la première fois après de longues années. Amis d’enfance, ces deux-là s’étaient perdus de vue. Le long de cette longue nuit, et le vin aidant, ils vont se raconter leurs souvenirs, l’une après l’autre.

C’est alors toute l’histoire de leurs familles, entre Nanyuan, Moscou et Pékin, de leur enfance et des ses secrets qui va nous être dévoilée. Quel est ce clou ? Quel drame s’est joué à Nanyuan ? Pourquoi Li Jiaqi et Cheng Gong étaient-ils destinés à être séparés ?

Un drame familial

Le clou, c’est l’histoire d’un drame familial qui prend sa source lors d’un accident. Un accident qui a eu lieu dans une des nombreuses scènes d’auto-critiques qui étaient courantes pendant la Révolution culturelle en Chine. Un homme a fini dans le coma. Et le destin de trois familles s’en est trouvé scellé.

À part de ce qui semble être une histoire vraie qui aura marqué l’autrice, Zhang Yueran plonge dans la question des souvenirs familiaux. Li Jiaqi et Cheng Gong ont tous les deux grandi dans des circonstances particulières : sans vraiment pouvoir se relier à une figure parentale présente. Tous les deux ont très tôt cherché à savoir qui étaient ces parents qui leur manquent : pour Li Jiaqi se sera son père, pour Cheng Gong son grand-père.

Comment se construire quand on ne comprend pas les actes de nos parents et grands-parents ?
Li Jiaqi et Cheng Gong sont tous les deux enfermés dans leur passé commun, et n’arrivent pas à aller de l’avant. Leurs souvenirs les bloquent. Se raconter enfin à l’autre les aidera-t-il ?

La forme du roman est très intéressante de ce point de vue là : en se racontant chacun leur tour des bribes de leur passer, Li Jiaqi et Cheng Gong nous donnent à lire une tragédie. On connaît le résultat final : l’un s’apprête à fuir pour la première fois, l’autre va sans doute repartir. Au fil des chapitres alternés, c’est au lecteur de recoller les morceaux pour essayer de comprendre comment la tragédie se joue.

« Les gens heureux vivent des bonheurs différents, mais le malheur est identique pour tous. Cette commune infortune lui procura un certain sentiment de sécurité. »

Le clou, Zhang Yueran

des souvenirs aigres-doux

Ce qui m’a beaucoup plu dans ce long roman, c’est la façon dont Zhang Yueran joue avec les souvenirs. Chacun leur tour, les deux personnages vont raconter des images surgies de leur passé, des moments de vie, des passages qui les hantent ou qui avaient parfois disparus dans les tréfonds de leur mémoire.

Et comme tout souvenir, il faut les prendre avec recul et circonspection : peut-on faire confiance à notre mémoire ? Pourquoi le moi enfant a-t-il retenu les choses sous cet angle ? Pourquoi est-ce que j’ai oublié les heures après la mort de mon père, mais que je me souviens très bien des plats mangés à telle ou telle occasion ?

« Dans mon souvenir d’enfant, la maison baignait dans un calme et un silence perpétuels. Seuls s’exprimaient certains objets inanimés – la télévision, la machine à laver, la gazinière. »

Le clou, Zhang Yueran

Ce traitement des souvenirs m’a beaucoup touché, parce que c’est bien comme ça que les choses fonctionnent : on oublie les visages, on oublie les discussions, on en oublie jusqu’à des personnes proches qui nous entouraient. Mais certains détails, certains sons ou certaines habitudes sont restés. Et c’est ce qui donne de la saveur à cette histoire : les détails. La poésie du filtre des souvenirs.

« Elle cultivait toutes sortes de légumes dans l’arrière-cour mais elle commençait, dès l’arrivée du printemps, à penser aux légumes sauvages. Elle avait l’eau à la bouche rien qu’à imaginer des raviolis fourrés aux bourses-à-pasteur, ou des œufs brouillés aux fleurs de sophora. Tous les matins, elle me flanquait une hotte sur le dos et m’envoyait déterrer des légumes sauvages et cueillir des fleurs de sophora. Il y avait aussi les chatons de peuplier, qui ressemblent à des chenilles et poussent en chapelets, que Grand-Mère hachait et mélangeait à de la viande pour en farcir des petits pains. Dans le patois de Jinan, on les appelle : « Beaucoup de bruit pour rien. » Elles fleurissent sans produire de fruits, en pure perte, en somme. En ce temps-là je ne saisissais pas bien le sens de ce surnom, mais je me sentais un peu triste en le prononçant. Debout sous l’immense peuplier, j’agitais une perche de bambou en levant les yeux pour regarder tomber pêle-mêle ces fleurs qui travaillaient en vain. »

Le clou, Zhang Yueran

CE QUE J’EN AI PENSÉ

J’avais entendu beaucoup de bien de ce livre et je n’ai pas été déçu ! Le clou, c’était l’un des livres de la rentrée littéraire de 2019 que je voulais absolument découvrir.

Zhang Yueran est une autrice que je vais maintenant suivre avec attention. Elle a réussi à m’entraîner dans ces affaires familiales dans la Chine contemporaine avec une aisance incroyable ! Je me suis pris au jeu, j’ai voulu savoir ce qu’était ce fameux clou et ce qu’il avait provoqué. Mais surtout, je voulais comprendre ce qu’avaient vécu Li Jiaqi et Cheng Gong, ce qui avait fait qu’ils restent séparés pendant si longtemps.

Et j’ai beaucoup aimé la fin. Si vous l’avez lu, j’aimerais pouvoir en discuter avec vous.

OÙ TROUVER LE LIVRE Le clou ?

Le clou a été publié en français par les éditions Zulma. Vous trouverez le dernier roman de Zhang Yueran dans toutes les bonnes librairies.

QUE LIRE APRÈS ?

Dans le traitement des relations familiales, et dans le contexte de la Chine contemporaine, Le clou m’a un peu fait pensé à Âpre cœur de Jenny Zhang.

Et je vais continuer à m’ouvrir aux littératures asiatiques contemporaines. Dans mes prochaines lectures, j’ai ajouté :

  • Les amants du Spoutnik, Haruki Murakami
  • Camarades de Pékin, Bei Tong

Le clou, Zhang Yueran est un livre qui se passe en Chine.

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