Âpre cœur, Jenny Zhang

Âpre cœur est le premier roman de l'autrice américaine Jenny Zhang. Comme beaucoup de ses héroïnes, Jenny Zhang est née à Shanghai mais a grandi aux États-Unis. À travers les histoires de plusieurs jeunes filles, c'est ce dont elle parle dans ce roman : l'immigration, l'intégration, l'importance de la famille et le fait de grandir et se construire entre deux cultures. C'est beau, c'est parfois dur mais souvent drôle aussi. Un livre qui vous fera passer un très bon moment !

POURQUOI LIRE Âpre cœur ?

  • Le livre : c’est un roman qui n’en a pas la forme traditionnelle. On suit plusieurs filles qui racontent leur histoire chacune leur tour.
  • Le décor : la pauvreté dans laquelle vivent la plupart des familles chinoises qui arrivent aux États-Unis. Certains épisodes du livre se passent en Chine.
  • Le genre : est-ce qu’on peut parler de littérature de l’émigration ? En tout cas, on devrait sans doute parce que c’est quelque chose qui m’intéresse de plus en plus !
  • Le style : une écriture très intéressante qui laisse la part belle à la narration enfantine, au parler de la jeunesse américaine, tout en y mêlant la tradition orale chinoise.

L’HISTOIRE

C’est l’histoire de plusieurs filles. Elles sont nées en Chine ou aux États-Unis, de parents qui avaient émigré sur la côte Est. Christina, Lucy et sa cousine Frangie, Annie, Jenny, Stacey et les autres nous racontent leur quotidien, chacune leur tour. Certaines histoires font référence à d’autres. Je me suis amusé à essayer de les relier entre elles.

Elles nous parlent de l’école, du rêve américain, des difficultés financières, de l’importance de la communauté chinoise ou de leur intégration dans une nouvelle culture. Elles racontent les relations familiales, avec leurs frères et sœurs, leurs parents qui triment, et la famille restée en Chine.

L’Immigration chinoise aux États-Unis

C’est un très beau livre sur l’émigration et l’immigration. L’émigration, c’est le fait de quitter un pays, ici la Chine. L’immigration, c’est le fait de s’installer dans un autre pays, ici les États-Unis. Mais c’est évidemment plus compliqué que ça. L’une après l’autre, ces histoires nous donnent à voir différents aspects de ces concepts.

Transformer les concepts, des concepts dont on entend parler tous les jours, en histoires, c’est toute la force de la littérature. Et Jenny Zhang réussit avec brio à nous faire voir ce que ça veut dire de quitter un pays et de s’installer dans un autre. Ce que ça veut dire de familles déchirées, de familles qui sont prêtes à tout, pour l’idée d’un meilleur futur. Est-il toujours meilleur ce futur ? Comment se construire dans un pays quand on est partagé entre deux langues, deux cultures ? Quelle est l’importance de la communauté pour ne pas perdre ses repères ? Quel est le poids de la famille quand on veut pouvoir s’intégrer ?

« Normalement, on n’allait jamais dans les épiceries américaines ; on fréquentait plutôt les supermarchés chinois à Flushing ou Elmhurst, mais à l’occasion, en rentrant de son travail, mon père s’arrêtait au Key Food dans College Point Boulevard pour voir s’ils faisaient leur promo à trois bouquets de coriandre pour un dollar. Dès que je m’en suis souvenue, j’ai dit à mon oncle qu’il n’avait pas de souci à se faire, qu’on faisait nos courses au même endroit que tous les autres Chinois. Bientôt, il pourrait le voir de ses yeux ; il y avait d’autres supermarchés avec de longues allées pleines de légumes dont les noms n’avaient pas encore de traduction en anglais et où l’on pouvait acheter des têtes de poisson pour un dollar et un kilo et demi de côtes de porc pour deux dollars.
« Alors, les Américains ne mangent pas de nourriture ! » s’est exclamé mon oncle qui n’arrivait pas à se remettre de ne pas en avoir vu au cours de notre expédition au supermarché.
Mon père a acquiescé.
« Ils ne mangent que des boîtes, mon frère. » »

Âpre cœur, Jenny Zhang

Un roman sur La famille

C’est l’un des meilleurs romans que j’ai lu cette année qui traite de la famille. Des différentes familles. De ce qui nous unit et nous désunit. Ce qui nous rapproche et ce dont on veut se séparer. Toutes ces fillettes et ces pré-ados, avec leurs histoires différentes, nous parlent du bonheur et des difficultés à être une famille.

Parce que nos rapports avec nos familles évoluent avec le temps, Jenny Zhang a transposé plusieurs étapes (amour, rejet, acceptation, départ, retour…) de ce qui constitue les relations familiales dans différentes histoires. Et ça marche très bien. C’est très beau. J’ai été beaucoup touché par cette jeune fille qui veut que son frère devienne indépendant, puis regrette la relation qu’ils avaient avant. J’ai beaucoup souri à cette autre fille qui nous raconte les relations avec sa grand-mère, somme toute assez insupportable. Et cette autre histoire qui met en parallèle la relation fraternelle entre la génération américaine, et la génération chinoise, pendant la révolution culturelle.

« Je fais irruption dans la chambre de mon frère sans frapper, et il est tellement concentré sur un jeu sur son ordinateur que je n’arrive même pas à lui faire tourner les yeux vers moi lorsque je tire son fauteuil à roulettes pour l’éloigner de son bureau.
« Arrête ! dit-il. T’es quoi, un animal ?
– Tu te rappelles la fois où je t’ai brûlé les cheveux et que ça sentait comme du pop-corn ?
– Ouais, et alors ? Pourquoi tu parles tout le temps de ça ?
– Je trouve ça marrant.
– C’est des trucs qui sont arrivés quand j’étais petit.
– T’as l’air si vieux maintenant. Tu vas être plus grand que papa.
– Frappe avant d’entrer, la prochaine fois. Tu débarques toujours sans frapper.
– Eh bien, tu faisais ça tout le temps quand tu étais petit, et je t’ai laissé le faire tellement de fois. Tu ne crois pas que tu me dois quelques débarquements ?
– Ça c’était avant.
– Mais aujourd’hui, un jour, ce sera avant.
– Ça n’a aucun sens, ça.
– C’est parce que le sens n’est pas donné, ça s’apprend.
– Ouais, ben il faudrait vraiment que tu sortes de ma chambre. » »

Âpre cœur, Jenny Zhang

CE QUE J’EN AI PENSÉ

J’ai passé un très bon moment avec ce livre ! Je ne m’attendais pas à autant aimer et Âpre cœur a été une très bonne surprise !

J’ai souvent du mal avec les livres qui ont des enfants pour narrateurs. Évidemment, il y a des exceptions, mais c’est souvent quelque chose qui me dérange dans ma lecture. Ça sonne souvent faux, et puis les enfants sont souvent chiants dans les livres.

Ici au contraire, ça fait toute la beauté du livre. Ça ajoute une dimension parfois plus drôle ou plus légère pour traiter de sujets difficiles, voire glauques. Et puis ces enfants sont tous attachants à leur façon. Ils nous rappellent que ce sont souvent eux qui se trouvent en première ligne dans les histoires d’émigration.

Âpre cœur SUR INSTAGRAM

OÙ TROUVER LE LIVRE Âpre cœur ?

Ce sont les Éditions Picquier, la maison d’édition spécialisée dans les littératures asiatiques qui a publié en France Âpre cœur. Vous n’aurez sans doute aucun mal à le trouver dans une librairie proche de chez vous.

QUE LIRE APRÈS ?

Plus je lis de la littérature américaine contemporaine, et plus je me rends compte, que ce qui m’intéresse, ce sont ces jeunes auteurs et autrices qui écrivent sur des sujets qui les touchent personnellement (émigration, sexualité, écologie…). Il y a tant de force et de nouveauté qui se dégage de leurs livres !

Je me suis donc fait une petite liste d’autres livres américains de jeunes auteur·es :

  • On Earth We’re Briefly Gorgeous, Ocean Vuong
  • Son corps et autres célébrations, Carmen Maria Machado
  • Ce qui t’appartient, Garth Greenwell

Âpre cœur, Jenny Zhang est un livre qui se passe aux États-Unis.

Laisser un commentaire