Le mausolée des Amants, Hervé Guibert

« Maintenant j'ouvre la boîte en public, j'ouvre le cahier et je le laisse ouvert, exposé : je peux facilement m'imaginer mort. » Le très beau journal d'un homme qui savait qu'il n'allait pas pouvoir vivre très longtemps, et qui a décidé de tout noter, de tout faire ensuite publier, avidement. Le mausolée des amants est le journal d'Hervé Guibert. Un très beau journal, plein d'amour, d'angoisses (la solitude, la mort, la maladie) et de réflexions pertinentes sur la littérature, l'écriture et la photographie.

Pourquoi Lire Le Mausolée des amants ?

  • Le livre : un journal au titre magnifique, pour toutes celles et ceux qui veulent se plonger un peu plus dans l’œuvre et la vie d’Hervé Guibert.
  • Le décor : on voyage beaucoup avec Hervé Guibert et ses amants. Mais il y a un lieu où on revient souvent : l’île d’Elbe.
  • Le genre : c’est un journal. Les réflexions, les joies, les peines, les craintes d’Hervé Guibert sont couchées sur le papier sans pudeur et sans filtre.
  • Le style : c’est brut, mais c’est très beau. On retrouve le style d’Hervé Guibert, la poésie non exempte de vulgarité, qui émane de tous ses textes.

L’histoire

Il n’y a pas d’histoire, sinon l’histoire d’une vie : celle d’Hervé Guibert. C’est le journal qu’il a tenu de 1976 à 1991. Il y parle de ses livres, de ses ami·es, de ses parents, de ses amants. Lecture, photographie, cinéma, littérature, voyages. Et la maladie : le virus du VIH et le sida.

Le journal d’un homme amoureux

Comme tout journal, on doit lire celui d’Hervé Guibert en savourant chaque entrée, plus ou moins longue. Lire quelques passages et reposer le livre en rêvant. En tout cas, c’est comme ça que je l’ai lu, déjà deux fois.

On peut dégager de nombreux thèmes dans Le Mausolée des amants, mais je vais revenir principalement sur deux qui traversent le journal : l’écriture et la photographie.

Hervé Guibert et l’écriture

Si vous avez lu d’autres livres d’Hervé Guibert, que vous les avez aimés et que vous voulez en savoir plus sur son travail d’écriture, il n’y a rien de tel que de lire ce journal.

Comme tout écrivain·e, Hervé Guibert tient un journal dans lequel il parle de ses livres. De ce qu’il veut écrire (ce qui est d’autant plus important qu’étant malade, il n’a pas eu le temps ou l’énergie d’écrire tout ce qu’il aurait eu envie d’écrire). De ce qu’il est en train d’écrire, et toutes les questions qu’il se pose.

Il parle autant des thèmes qui l’intéressent que du style. Pourquoi écrire sur soi ? Comment écrire sur soi ? Ses réflexions sont très intéressantes encore aujourd’hui, où l’autofiction semble être devenu un genre presque prédominant.

« (J’ai l’impression que ce qui fait mon écriture, en ce moment, c’est l’inutilité, c’est ce qui mousse, la sauce, la redondance : plaisir de truffer la phrase de « sans doute », de « peut-être », de « un peu », de « déjà », de « assez ». Mais faut-il que ce plaisir soit un danger, une facilité, un système ? Et qu’un texte écrit soit un texte raturé ?) »

Le Mausolée des amants, Hervé Guibert

Hervé Guibert et la photographie

Si, comme moi vous connaissiez surtout l’écrivain, vous apprendrez aussi à découvrir Hervé Guibert le photographe. Malheureusement, il n’y a pas de reproductions de ses photos dans ce journal. Pour ça, tournez vous vers d’autres livres : Le seul visage, Suzanne et Louise, Photographies. Mais on y trouve de nombreuses réflexions sur la photographie.

Et elles sont très intéressantes. La citation que j’ai recopiée ici, est un tout petit exemple de ce que vous serez amené·e à lire :

« Je me défendrai toujours d’être un photographe : cette attraction me fait peur, il me semble qu’elle peut vite tourner à la folie, car tout est photographiable, tout est intéressant à photographier, et d’une journée de sa vie on pourrait découper des milliers d’instants, des milliers de petites surfaces, et si l’on commence, pourquoi s’arrêter ? »

Le Mausolée des Amants, Hervé Guibert

Et pour en savoir plus sur Hervé Guibert et la photographie, je vous conseille de lire ensuite La Photo, inéluctablement.

Ce que j’en ai pensé

Le Mausolée des amants est un véritable bijou ! C’est le meilleur journal que j’ai lu pour le moment. C’est le genre de livres qu’on déguste petit à petit. On suit les réflexions de Guibert, on s’amuse avec lui, on s’étonne ou on s’insurge de ce qu’il dit. On le suit dans ses voyages, dans ses aventures sexuelles ou sentimentales. Nous le suivons enfin dans sa maladie. Le tout sans rechigner, parce qu’Hervé est un très bon hôte.

Mais le style de Guibert ne laisse personne indifférent. C’est une très belle écriture, et dans ces pages, on en profite sans modération. Il se pose beaucoup de questions sur son écriture, et en profite pour multiplier les adjectifs, les relatives et les parenthèses. Du grand Guibert.

Où trouver Le Mausolée des Amants d’Hervé Guibert ?

Le Mausolée des amants a été publié dans la blanche de Gallimard, avant d’être publié en poche chez Folio. Vous trouverez peut-être un de ces deux formats dans une librairie près de chez vous.

Que lire après ?

Si vous n’avez encore lu aucun livre d’Hervé Guibert, c’est l’occasion. J’ai beaucoup aimé Mes parents, Des aveugles et ses livres sur le sida et la maladie : À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie et Le protocole compassionnel par exemple.

Mais il m’en reste d’autres à lire comme :

  • Fou de Vincent
  • Mauve le vierge
  • L’homme au chapeau rouge

Et je voudrais lire également des auteurs qui lui sont liés d’une façon ou d’une autre :

Le mausolée des Amants, Hervé Guibert est un livre qui se passe en France.

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