La main gauche de la nuit, Ursula K. Le guin

Un roman de science-fiction très beau et très différent de ce qu'on peut lire ordinairement dans le genre. Avec La main gauche de la nuit, l'auteure nous transporte sur Gethen, une planète imaginaire dans le futur. Avec Genly Aï le narrateur, nous allons parcourir cette planète glaciale et partir à la rencontre de ses habitants. Chez Ursula K. Le Guin, pas de vaisseaux spatiaux ni de guerres, mais des personnages androgynes, une société aux pratiques barbares et des légendes locales imaginées. Laissez-vous transporter !

Pourquoi lire la main gauche de la nuit ?

  • Le livre : La main gauche de la nuit fait partie du cycle de l’Ekumen de Le Guin. Mais personne ne lit ces livres comme une série et La main gauche de la nuit se lit parfaitement indépendamment des autres (c’est ce que j’ai fait).
  • Le décor : une planète imaginaire glaciale du nom de Nivôse (Gethen pour ses habitant·es), des personnages qui n’ont pas de genre la plupart du temps : ce livre est une entrée en matière géniale dans l’imagination folle d’Ursula K. Le Guin.
  • Le genre : sans doute un classique de la science-fiction et surtout un livre emblématique du travail de l’auteure. Ce qui intéresse Ursula K. Le Guin dans la science-fiction, ce n’est pas la technique mais l’anthropologie, les sciences politiques et la sociologie. Et que c’est rafraichissant dans ce genre !
  • Le style : enfin de la science-fiction bien écrite ! Je n’ai lu l’auteure qu’en anglais, je ne peux rien dire des traductions, mais Ursula Le Guin a une plume magnifique, toute en poésie.

L’histoire

Le narrateur est Genly Aï, un envoyé de la confédération de l’Ékumen pour convaincre les habitant·es de Nivôse/Gethen de l’intérêt commun d’échanges commerciaux. Il rencontrera Estraven, qui, comme tout le monde sur cette planète est un être humain neutre, ni homme ni femme la plupart du temps.

Tout ne va pas se passer comme prévu, mais je ne vais pas vous en dire plus parce que tout s’enchaîne assez rapidement et je ne veux rien vous gâcher. L’histoire nous est racontée par Genly Aï, qui avec Estraven, va devoir parcourir cette planète inhospitalière pour sa mission.

un nouveau genre de science-fiction

La main gauche de la nuit est un roman si inventif ! Dès le premier chapitre (qui peut être un peu difficile peut-être si on n’est pas accoutumé·e à la prose de Le Guin), on nous pose le décor : les personnages, la mission, et un avant-goût de la société de Nivôse et de la psychologie de ses habitant·es.

Sur Gethen, les gens n’ont ni sexe ni genre en période de soma (la plupart du temps). Ce n’est qu’en période de kemma que les Gethenien·nes deviennent homme ou femme de manière plus ou moins aléatoire et peuvent avoir des relations sexuelles. En tant que lecteur aujourd’hui, on ne peut s’empêcher de réfléchir à ses notions de genre, souvent ignorées en littérature (et même dans les littératures de l’imaginaire) et je trouve que Le Guin en 1969 a très bien posé les bases de la question : Qui sommes-nous ? Sommes-nous toujours les mêmes au court de notre vie ? Qui sont les personnes qui nous attirent ? Qu’est-ce même que l’attirance sexuelle ?

Mais il n’y a pas que la question du genre dans ce roman. Il y a aussi toute la dimension anthropologique. J’adore les romans qui se passent sur d’autres planètes, dans le futur. Mais je les aime encore plus quand on nous apprend tout ce qu’on peut sur cette planète et ses habitant·es. Et Ursula K. Le Guin a trouvé une méthode ingénieuse ! L’histoire de La main gauche de la nuit est entrecoupée par des légendes de la planète Gethen et ça ajoute une dimension anthropologique (et poétique) supplémentaire à l’histoire.

« I’ll make my report as if I told a story, for I was taught as a child on my homeworld that Truth is a matter of the imagination. The soundest fact may fail or prevail in the style of its telling: like that singular organic jewel of our seas, which grows brighter as one woman wears it and, worn by another, dulls and goes to dust. Facts are no more solid, coherent, round, and real than pearls are. But both are sensitive. »

La main gauche de la nuit, ursula K. le guin

Ce que j’en ai pensé

J’ai adoré ce livre ! La Main gauche de la nuit était mon premier Le Guin mais il m’a donné envie de tout lire de cette auteure ! J’ai trouvé les questions soulevées très intéressantes et surtout amenées d’une superbe façon. J’ai trouvé la sf de Le Guin beaucoup plus intéressante que celle d’autres auteur·es où finalement on ne s’intéresse pas tant que ça aux planètes sur lesquelles l’action se déroule.

Et je suis tombé complètement sous le charme du style de Le Guin. L’auteure nous partage les pensées des personnages comme personne. Parfois, quelques mots suffisent dans les dialogues pour exprimer tout ce que nous, lecteurs et lectrices, devons savoir.

Et quelles descriptions ! Est-ce qu’on peut parler de nature writing en sf ? Parce que la scène sur la banquise, qu’est-ce que c’était beau ! Ils sont rares les livres que j’ai lu pour lesquels je peux dire avec certitude : voilà un chapitre que je n’oublierai pas de sitôt !

la main gauche de la nuit sur instagram

Où trouver La main gauche de la nuit d’ursula K. le guin ?

Je l’ai lu en anglais dans la sélection SF Masterworks d’Orion Publishing. Il a été publié chez Robert Laffont (aujourd’hui sans doute difficilement trouvable) et réédité en poche chez Le livre de poche. Trouvez le dans une librairie proche de chez vous.

Que lire après ?

Tout de suite après avoir terminé ce livre, j’ai voulu en lire d’autres de l’auteure ! J’ai déjà trouvé les trois premiers tomes du cycle de Terremer (plus fantasy).

Et après quelques recherches sur Ursula K. Le Guin et les auteur·es qu’on associe souvent à son travail, j’ai eu envie de lire :

  • Chroniques du Pays des Mères, Élisabeth Vonarburg
  • La nuit des temps, René Barjavel
  • Le Cycle des contrées, Jacques Abeille
  • Les Dépossédés, Ursula K. Le Guin

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