Danser au bord du monde, Ursula K. Le Guin

Danser au bord du monde, mots, femmes, territoires est un recueil de 34 essais et conférences passionnantes données par l'autrice américaine Ursula K. Le Guin entre 1976 et 1988. Au programme des réflexions sur l'écriture et les procédés de narration, sur le futur de la science-fiction et des littératures de l'imaginaire, mais aussi sur la place des femmes dans la fiction et des écrivaines dans le monde de l'écriture, ou encore sur les responsabilités des auteurs et des autrices alors que le monde devient « inhabitable ».

POURQUOI LIRE Danser au bord du monde ?

  • Le livre : il s’agit d’un recueil d’essais et de conférences données par l’autrice entre 1976 et 1988, la plupart inédites en français.
  • Le décor : le monde masculin de l’écriture, le paysage de la science-fiction et les territoires des États-Unis, entre vestiges des peuples autochtones et bouleversements de la fin du XXe siècle.
  • Le style : même dans ses essais et ses conférences, Ursula K. Le Guin nous enchante avec sa langue et sa poésie, sa recherche du mot juste.

Le contenu

Le contenu de Danser au bord du monde est très vaste, comme semble nous l’indiquer le sous-titre du livre : mots, femmes, territoires. Cependant, pour nous aider à naviguer dans l’ourvrage, l’autrice découpe elle-même ses interventions en quatre thèmes principaux : le féminisme, la responsabilité sociale, littérature & écriture et voyage.

Dans plus de 30 courts textes, Ursula K. Le Guin aborde des thèmes et pose des questions aussi variées que la ménopause, le fait d’être une femme qui écrit et qui élève des enfants en même temps, elle nous donne sa vision personnelle de la science-fiction, elle nous interroge sur le langage que nous choisissons d’utiliser et nous exhorte à penser aux alternatives qui s’offrent à nous. C’est passionnant !

Certaines conférences ont été données il y a maintenant de nombreuses années, mais l’autrice a ajouté en notes de bas de page, ou carrément dans le texte parfois, des commentaires qui viennent appuyer ou contredire ce qu’elle avait déclaré des dizaines d’années auparavant. Je trouve ce procédé très intéressant : en effet, nos réflexions peuvent évoluer, nos idées changer, et il est important d’être capable de revenir sur ce que nous avons dit à un moment donné.

Écriture et responsabilité

Pour Ursula K. Le Guin, les écrivaines et les écrivains ont une responsabilité. C’est sans doute pour ça qu’elle a si souvent accepté de prendre la parole à des conférences, qu’elle a publié tant d’essais.

Elle y parle souvent d’écriture, de narration, de science-fiction, mais pas seulement. Elle aborde aussi des sujets qui lui tiennent à cœur : l’écologie, la place des femmes dans sa profession, en littérature et dans la société, les questions des inégalités sociales. Elle interroge nos discours et nos actions, elle mêle imagination et espoir, choix narratifs et visions du monde.

C’est impossible d’expliquer en quelques lignes l’impact de ce que ces réflexions ont eu sur moi à la lecture de ses essais. Mais je peux dire ceci : qui s’interroge sur l’écriture et ce que ce que nous écrivons dit de nous et du monde dans lequel on vit, sera sans doute tout aussi réceptif que moi aux idées de Le Guin.

« Si l’on pense comme moi que les mots sont des actes, alors on doit tenir les auteurs responsables des effets de leurs écrits. »

Danser au bord du monde, Ursula K. LE Guin

Ursula K. LE Guin et la science-fiction

Pour l’autrice, le constat est sans appel : il est temps d’arrêter les frais et de faire demi-tour. Pour Le Guin, la science-fiction, la fantasy, la littérature de l’imaginaire, ce qu’elle nomme parfois seulement l’utopie, ne sont pas sur la bonne voix. La tendance dans les années 1980 était cette littérature sans espoir.

Elle appelle à changer de point de vue, changer de schémas narratifs, changer de langage. Toutes les histoires sont les mêmes : euclidiennes, européennes et masculines. Ursula K. Le Guin veut écrire quelque chose de différent.

Cela peut impliquer de se démarquer des récits où la technologie est au centre, ou alors de faire une croix sur les récits néo-coloniaux, sur les récits androcentrés, sur les récits de conquêtes, de guerre, d’espace, de robots, etc. Il est temps d’écrire quelque chose de différent, hors de l’industrie, hors du capitalisme, hors du patriarcat, hors de la domination blanche, hors de l’hétérocentrisme. Le Guin appelle à une écriture révolutionnaire, et ça, ça me plaît.

« Je ne propose pas de retourner à l’Âge de pierre. Mon raisonnement n’est ni réactionnaire, ni même conservateur. Il est simplement subversif. Il semble que l’imagination utopique soit prise a piège, comme le capitalisme, l’industrialisme et la population elle-même, dans un avenir à sens unique, exclusivement fondé sur la croissance. Tout ce que j’essaie de faire, moi, c’est de trouver comme placer un obstacle sur la voie. Faire marche arrière. Se détourner, se retourner. »

Danser au bord du monde, Ursula K. Le Guin

CE QUE J’EN AI PENSÉ

J’ai trouvé ce recueil d’essais passionnant ! Chaque conférence ne m’a pas intéressé de la même manière, mais certaines m’ont amené à réfléchir à des choses aussi différentes que l’écriture, le langage, être mère et écrivaine, les liens entre fiction et responsabilité sociale.

Et surtout j’avais le sentiment à la lecture que même les conférences qui m’ont a priori peu intéressé, j’y reviendrais plus tard. Parce qu’Ursula Le Guin a une écriture très intelligente, qui, même quand on n’est pas d’accord avec elle, nous pousse à la réflexion. Alors je vais garder ce livre bien précieusement et le feuilleter à nouveau régulièrement.

OÙ TROUVER LE LIVRE Danser au bord du monde ?

Danser au bord du monde a été publié en janvier 2020 aux Éditions de l’Éclat. La traduction est d’Hélène Collon. Il ne sera pas dans toutes les librairies, mais on le commandera sans doute volontiers pour vous.

QUE LIRE APRÈS ?

Lire ce livre donne très envie de lire tous les livres d’Ursula K. Le Guin ! Et peut-être surtout Conduire sa barque, un livre dans lequel l’autrice parle de techniques d’écriture et de langage, et donne des conseils aux personnes qui sont intéressées par un manuel pratique de l’écriture.

Mais il donne aussi très envie de lire les romans dont il est fait mention dans ces essais :

Laisser un commentaire