Le tueur aveugle, Margaret Atwood

Le Tueur aveugle est un roman de l'auteure canadienne Margaret Atwood, publié en 2000. C'est à dire, juste après Captive (Alias Grace) et on y retrouve ces idées, chères à l'auteure : conditions féminines à travers le temps, mélanger la grande et la petite histoire, s'infiltrer dans le privé, dans les secrets, dans les détails, et en les racontant, raconter une belle histoire. Le tueur aveugle a gagné le prestigieux Man Booker Prize.

POURQUOI LIRE Le tueur aveugle ?

  • Le livre : l’un des nombreux romans de l’auteure canadienne Margaret Atwood, mais pas des moindres : il a gagné le Booker Prize en 2000.
  • Le décor : une petite ville de l’Ontario au Canada et une narration qui s’étale de la fin du XIXe siècle à la fin du XXe.
  • Le genre : c’est ce qu’on appelle dans le monde anglo-saxon une fiction historique (historical fiction), dans laquelle est aussi imbriqué un roman de SF.
  • Le style : l’écriture de Margaret Atwood fait la part belle aux descriptions et ses dialogues sont relevés. Vous n’aurez aucun mal à tourner les pages rapidement !

L’HISTOIRE

C’est l’histoire d’Iris Chase et de sa sœur Laura. Alors qu’elle vieillit, elle décide d’écrire pour, on le comprend bien vite, nous raconter ce qu’il s’est passé. Pourquoi Laura s’est-elle suicidée si jeune ? Quel est ce roman étrange – Le tueur aveugle – qu’elle a laissé derrière elle ? Quels secrets inavouables garde Iris, la seule survivante (avec sa petite fille Sabrina) de cette famille ?

Une histoire dans une histoire dans une histoire

Ce qui fait toute la force de ce roman, c’est sa construction. Dans Le tueur aveugle, il y a plusieurs niveaux de narration :

  • les chapitres écrits par Iris Chase : ses réflexions sur sa vie de femme qui vieillit (à la fin du XXe siècle) et son retour sur sa famille et la vie qu’elle a mené avec ses parents, sa sœur, puis son mari et sa fille.
  • les chapitres qui constituent l’histoire du Tueur aveugle, le roman de science-fiction écrit par sa sœur Laura Chase.
  • des articles de journaux intercalés entre les chapitres, qui donnent à voir une autre histoire possible, contredisant parfois le discours d’Iris, ou mettant en lumière les aspects autobiographiques du roman de SF Le tueur aveugle.

Et cette construction est très intelligente. Parce que les chapitres sont intercalés, et qu’on veut savoir ce qu’il va se passer (autant dans le récit d’Iris, plus ou moins linéaire, que dans le roman Le tueur aveugle). On tourne donc les pages très rapidement. On n’a pas le temps de s’ennuyer. Et puis ça donne aussi plus de profondeur à une histoire qui ne serait sinon qu’une histoire (très bien écrite) d’amours déçues et de secrets, assez banale en somme.

Des descriptions dans la vie d’une femme

Ce que j’aime tant chez Atwood, ce sont ses descriptions. C’est une auteure qui n’a pas peur d’utiliser les bonnes descriptions pour appuyer son récit. Iris Chase est une femme âgée qui nous raconte son passé. Elle le remplit de vêtements démodés, de modes frivoles, d’habitudes désuètes. Ce genre de procédés m’aide beaucoup à rentrer dans une histoire.

Et puis, Margaret Atwood est une autrice qui s’intéresse beaucoup aux personnages féminins, à comment ils sont dépeints dans les livres, ce qui leur arrive, ce qui les intéresse. Iris Chase est une femme qui est devenue aigrie, assez méchante, qui n’a pas eu une vie facile. Elle a d’abord été une femme d’origine bourgeoise, enfermée chez elle, dans la sphère du privé ou des cocktails mondains où elle devait sourire et se taire. Elle ne connaît du monde que ses maisons, ses robes, ses chapeaux, les plats que les différentes bonnes lui préparaient. Et toutes ses descriptions ne concernent que ces éléments. J’ai trouvé ça très intelligent.

« Je me penche sur ce que j’ai écrit jusqu’à présent et cela me paraît mal adapté. Peut-être y a-t-il trop de frivolités dedans, ou trop de choses susceptibles d’être prises pour des frivolités ? Beaucoup de vêtements, de styles et de couleurs démodés à présent, ailes de papillon tombées. Beaucoup de repas, pas toujours très bons. De petits déjeuners, de pique-niques, de voyages transatlantiques, de bals costumés, de journaux, de parties de canot sur la rivière. De telles choses ne vont pas très bien avec la tragédie. Mais, dans la vraie vie, la tragédie ne se résume pas à un long et unique hurlement. Elle comprend tout ce qui y a conduit. Heures après heures – insignifiantes –, jour après jour, année après année, et puis le moment inattendu : le coup de couteau, l’éclat d’obus, la chute de la voiture qui bascule par-dessus le pont. »

Le tueur Aveugle, Margaret Atwood

CE QUE J’EN AI PENSÉ

J’ai beaucoup aimé ce livre. C’est long, mais ça se lit finalement très vite. Et puis surtout – j’y fais particulièrement attention en ce moment – c’est un livre très intéressant sur ce qu’il donne à voir des processus d’écriture.

Iris Chase s’interroge : pourquoi ressent-elle le besoin à son âge d’écrire sur le passé ? Comment écrit-elle presque tous les jours ?

Et, dans le récit Le tueur aveugle écrit par sa sœur, on retrouve également des questionnements sur l’écriture d’une histoire de science-fiction. Les deux personnages du roman sont en train d’inventer une histoire au fur et à mesure, l’histoire du Tueur aveugle, sur sa planète aux trois soleils. Ils ne sont pas d’accord sur le déroulement des événements, et surtout sur la fin à lui donner. J’ai beaucoup aimé cette dimension additionnelle dans ce livre.

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OÙ TROUVER LE LIVRE Le tueur aveugle ?

Le tueur aveugle a été réédité par 10-18 en 2017. Vous le trouverez donc sans doute dans une librairie près de chez vous, notamment parce que depuis le succès de la série La servante écarlate, on trouve de plus en plus de livres de Margaret Atwood dans les librairies françaises (et j’en suis bien content !).

QUE LIRE APRÈS ?

C’était ma quatrième lecture de l’auteure de La servante écarlate, et j’ai envie de continuer à la découvrir – pourquoi pas en anglais ? Alors je me suis ajouté dans ma liste Oryx and Crake (Le dernier homme), le premier tome d’une trilogie, et Stone Mattress: Nine Wicked Tales (Neuf contes).

Bien sûr, je lirai aussi son prochain roman : Les testaments, qui sort bientôt.

Ce serait aussi l’occasion de lire davantage de littérature canadienne écrite par des femmes. Ces livres me tentent beaucoup :

  • Fugitives, Alice Munro
  • Une adoration, Nancy Huston
  • Soifs, Marie-Claire Blais
  • Nirliit, Juliana Léveillé-Trudel

Le tueur aveugle, Margaret Atwood est un livre qui se passe au Canada.

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