La culotte en jersey de soie, Renée Dunan

La culotte en jersey de soie est un roman écrit en 1923 par l'écrivaine Renée Dunan. Féministe et anarchiste, elle écrivit pour de nombreux journaux et publia de nombreux livres pendant les années folles, avant de tomber dans l'oubli. Pourtant, ce livre traitant de viols et de l'impunité des hommes mérite d'être relu aujourd'hui.

POURQUOI LIRE La culotte en jersey de soie ?

  • Le livre : écrit en 1923 par une écrivaine dont je n’avais entendu parler, longtemps épuisé, La culotte en jersey de soie est de nouveau disponible
  • Le décor : la France du début du siècle dernier, et surtout Paris, ses beaux-quartiers et ses faubourgs, qui sert de décor à la plupart des histoires
  • Le genre : classé parmi les textes érotiques, le roman tient aussi tout autant de la critique sociale que de la littérature populaire de la Belle-Époque
  • Le style : le texte a vieilli, mais l’humour de Renée Dunan est toujours mordant, et certaines de ses réflexions toujours d’actualité

L’HISTOIRE

La culotte en jersey de soie, c’est en fait cinq histoires, racontées par des femmes entre elles. Au début de chaque histoire, elles s’interrompent et à la fin elles en discutent, avec les hommes présents autour d’elles. La plus longue est celle qui donne son titre à l’ouvrage, mais les autres sont tout aussi intéressantes. Ce que toutes ces histoires ont en commun : la place des femmes dans la société de l’époque. Qu’elles soient médecins, lycéennes, jeunes aristocrates déchues ou simples employées, ces femmes sont la proie du regard concupiscent et des violences sexuelles des hommes.

Qui était Renée Dunan ?

Je trouve très intéressant de choisir de republier ce texte aujourd’hui, notamment parce que je ne connaissais rien de Renée Dunan. Une autrice qui pourtant a vendu beaucoup de livres pendant les années folles. Qui a touché à tout : roman d’aventures, roman policier, roman érotique, historique, fantastique… sous de nombreux pseudonymes. Elle était prolixe et elle a manqué de peu le prix Goncourt pour son premier roman.

Pourtant, c’est une des ces autrices oubliées. On sait peu de choses de Renée Dunan aujourd’hui. Même sa mort est entourée de mystères. On sait qu’elle voyagea beaucoup, qu’elle écrivit de nombreux articles dans des journaux anarchistes, notamment pour défendre le naturisme. Qu’elle était pacifiste et féministe.

Pourquoi c’est important ici ? Parce qu’on retrouve certaines de ses idées dans son texte. Un texte qui reprend des codes de la littérature de l’époque – j’ai pensé aux aventures d’Arsène Lupin, à certains livres de Francis Caro ou de Colette. Comme si Renée Dunan avait voulu jouer avec les codes, pour être lue par le plus grand nombre, et faire passer ses idées.

Et répondre par là-même à ceux dont elle copie les codes :

 « Il y a mieux encore. Pour donner plus de quiétude à leur conscience qui pourrait être troublée malgré tout, la plupart des mâles, quoique la prisant fort pour leur usage, diminuent, en paroles, la valeur réelle de la chasteté des fillettes. Ils répandent des bruits grotesques et grossiers, ils publient des livres, ils font une propagande acharnée, par le théâtre, le roman et les propos de salon, pour qu’il soit bien avéré qu’il n’y a vraiment pas tant de ménagements à prendre avec les adolescentes ; celles-ci étaient gangrénées par mille causes : les ouvrières des quartiers pauvres, par les exemples de la promiscuité (hélas ! trop certaine). Les rurales, par l’exemples des bêtes, et les jeunes filles de la bourgeoisie par les vices solitaires ou unisexuels. »

La culotte en jersey de soie, renée Dunan

Lire La culotte en jersey de soie aujourd’hui

Je trouve toujours intéressant de lire un livre qui n’était pas écrit pour moi. Je veux dire pour un public du début du XXIe siècle. Et c’est clairement le cas avec La culotte en jersey de soie. Les discussions en début de chaque histoire risquent de perdre une partie du lectorat, peu habituée à ces mises en scènes. Le style peut aussi surprendre. Beaucoup d’argot, et beaucoup de références littéraires parfois désuètes. Heureusement, les notes de bas de page définissent les termes aujourd’hui inusités.

Mais surtout le ton peut rebuter. Les agressions sexuelles sont parfois décrites avec un flegme qui fait froid dans le dos, et parfois au contraire à grand renfort de figures de style qui rappellent les romans policiers. Surtout, l’humour de certaines des conteuses met mal à l’aise aujourd’hui. Mais j’ai décidé de mettre de côté tous mes a priori, pour essayer de lire ce roman sans le juger. Renée Dunan joue avec les codes littéraires : c’est sans doute pour que son livre soit lu et discuté.

Parce qu’il y a tant à en dire. Ces femmes des années 1920 rappellent que les violences sont le fait des hommes. Que les femmes – qu’elles soient prudes ou effarouchées, de bonne famille ou pauvres, médecin ou simple employée – ne sont en rien responsables des viols. Ce sont les hommes, qu’ils soient riches ou pauvres, bien vus ou voleurs, qui sont toujours coupables. Et la solution de Renée Dunan est pour le moins surprenante, surtout pour l’époque. Il faut punir les violeurs, soit mais pas n’importe comment : la justice des hommes défendraient les hommes violeurs. Il faut s’y prendre autrement : il faut pouvoir parler de sexe. C’est en gardant le sujet tabou, selon l’autrice, que des hommes profitent le mieux des femmes :

« On maintient l’impunité des satyres et déflorateurs, et cela se fait en tenant les questions sexuelles dans l’ombre. On ne saurait donc se livrer à des enquêtes judiciaires et constituer des dossiers sur cette matière estimée honteuse. La magistrature, où les huguenots sont si nombreux, s’y refuserait. C’est très habile. La tranquillité de ces sales individus que sont les salisseurs de vierges est maintenue hypocritement par cette voie détournée. […] Il faut, pour faire régner deux sous de justice, non pas améliorer les articles du code, non pas faire les prédicants, mais imposer des principes nouveaux d’où la justice vraie se déduise seule. Que la sexualité cesse d’être une chose horrifique et cachée sous un triple voile. Soudain l’idée qu’il existe des torts sexuels naîtra dans l’esprit de chacun et l’amateur de vierges aussitôt apparaîtra une fripouille. Cela sera automatique. De même, comme nous disions tout à l’heure, que le puissant, à délit égal, soit plus lourdement atteint que le pauvre. La valeur représentative de l’acte répressif augmentera assez pour tenir le bas peuple dans le devoir, car il sait bien que nul espoir ne subsiste plus pour lui d’échapper là où un homme armé de mille moyens de frauder la justice a succombé. Ces principes sont enfantins et leur vérité est dépourvue de complication. L’on reste stupide que des siècles de gouvernement n’aient pas songé à les mettre en action. »

LA CULOTTE EN JERSEY DE SOIE, RENÉE DUNAN

Mon avis

J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman oublié. Parce qu’il est très bien écrit tout d’abord. J’ai été entraîné dans ces aventures, j’ai souri à certains traits d’humour. Ça se lit très bien, malgré une écriture à laquelle on n’est plus habitué·e. Et puis parce que le propos de Renée Dunan est à mon avis toujours d’actualité. Pas tout peut-être. Mais certaines de ses réflexions méritent d’être lues encore aujourd’hui.

OÙ TROUVER La culotte en jersey de soie ?

Introuvable en version papier pendant longtemps, La culotte en jersey de soie vient d’être republié par les Éditions des Véliplanchistes. Commandez-le pour aller le récupérer dans une librairie près de chez vous.

QUE LIRE APRÈS ?

Ça me donne envie de lire d’autres textes oubliés. En faisant quelques recherches, j’ai noté quelques titres qui m’ont intrigué :

  • La garçonne, Victor Marguerrite, 1922, roman dit féministe et qui fit scandale à sa sortie
  • Escal-Vigor, Georges Eekhoud, 1899, premier roman belge mettant en scène des personnages homosexuels et qui valut un procès à son auteur

La culotte en jersey de soie, Renée Dunan est un livre qui se passe en France.

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