Beloved, Toni Morrison

Prix Pulitzer en 1988, Beloved est un magnifique roman de l'auteure afro-américaine Toni Morrison. À travers l'histoire tragique de Sethe, c'est l'histoire de l'esclavage, et surtout de ce qu'il a fait aux femmes, que nous donne à lire l'auteure plusieurs fois primée, et première femme noire a avoir reçu le Prix Nobel de littérature. Un roman très beau, mais déchirant, que je ne suis pas près d'oublier.

POURQUOI LIRE Beloved ?

  • Le livre : c’est l’un des livres les plus connus de l’auteure américaine Toni Morrison, qui vient de nous quitter.
  • Le  décor : Cincinnati à la fin du XIXe siècle. L’Ohio est alors un État libre où beaucoup d’anciens esclaves arrivent depuis le Kentucky, État esclavagiste.
  • Le genre : un classique de la littérature afro-américaine qui traite de l’esclavage et des fantômes qui nous poursuivent.
  • Le style : quelle plume ! Toni Morrison ajoute des couleurs, de la vie et de l’amour dans ce récit triste et dur.

L’HISTOIRE

C’est l’histoire de Sethe, une ancienne esclave qui est partie avec ses enfants, pour leur assurer un avenir. Elle vit maintenant à Cincinnati avec sa fille Denver, et sa belle-mère Baby Suggs. Mais, quand Paul D., qui était avec elle au Bon Abri, vient la voir les secrets refont surface, les fantômes ressurgissent et ils ne leur laisseront pas de répit.

La difficile reconstruction après des événements traumatisants

C’est ça l’histoire de ce livre. Chaque personne a une histoire. Et l’histoire de Sethe, c’est l’une des nombreuses histoires tragiques et douloureuses de l’esclavage. Créés par l’esclavage. Ce que nous montre Morrison, c’est que la vie de Sethe aurait été complètement différente dans un autre monde. Mais c’est ce monde créé par les Blancs qui a détruit la vie de cette femme, qui aimait ses enfants, et était prête à tout, pour qu’ils n’aient pas sa vie de travail et de peine. Qu’ils soient libres.

« Dangereux se dit Paul D, très dangereux. Pour une ancienne esclave, aimer aussi fort était risqué ; surtout si c’étaient ses enfants qu’elle avait décidé d’aimer. Le mieux, il le savait, c’était d’aimer un petit peu, juste un petit peu chaque chose, pour que, le jour où on casserait les reins à cette chose ou qu’on la fourrerait dans un sac de jute lesté d’une pierre, eh bien il vous reste peut-être un peu d’amour pour ce qui viendrait après. »

Beloved, Toni Morrison

Mais ce roman de l’esclavage, ce roman contre les atrocités commises par les Blancs, est aussi un très beau roman sur les différentes croyances des esclaves et de leurs descendants. Ce en quoi croit Baby Suggs, qui réunit des gens dans une clairière pour dire La Parole. Ce que veulent dire les chansons et les danses qu’on transmet de générations en générations. Et les fantômes qui surgissent, pour le meilleur ou pour le pire. Ces fantômes qu’on laisse entrer dans nos vies, sont-ils là pour nous aider ou pour nous punir ?

La vie de Sethe a été rythmée par l’horreur de l’esclavage, mais aussi par des épisodes d’entraide, et une énorme dose d’espoir et d’amour. Et c’est aussi ce dont nous parle si justement Toni Morrison. C’est l’amour et l’espoir qui font vivre. C’est notre unique chance de rédemption.

« Les spores des fougères bleues qui poussent dans les creux, au long de la berge, flottent vers l’eau en filets d’argent bleuté difficiles à voir si l’on n’est pas les pieds dessus ou tout proche, couché juste au bord de la rivière, là où les rayons du soleil sont les plus bas et affaiblis. Souvent on les méprend pour des insectes, mais ce sont des graines où sommeille toute une génération, confiante en son avenir. Et il est facile de croire un instant que chacune a un futur, qu’elle deviendra tout ce qui est contenu dans sa spore : qu’elle vivra tous ses jours de vie comme prévu. Mais cette certitude ne dure que l’espace d’un instant ; peut-être même plus longtemps que la spore elle-même. »

Beloved, Toni Morrison

CE QUE J’EN AI PENSÉ

J’ai adoré ce livre. C’était ma première lecture de Toni Morrison, mais ce ne sera pas la dernière. Attention, c’est un livre dur. Les événements décrits sont parfois à la limite du supportable. Les personnages sont souvent cruels, on a du mal à comprendre leurs réactions. Mais c’est aussi ce qui fait toute la beauté de cette histoire : l’ambivalence. Aucune histoire n’est linéaire. Et Toni Morrison pose la question dans ce livre : comment juger ce qu’on ne comprend pas ? On ne le fait pas. La seule chose possible, c’est de raconter. Raconter la difficulté de vivre, l’impossibilité de choisir ce qui est le mieux pour ses enfants.

C’est aussi très beau. De par l’écriture magnifique de Morrison (pleine de descriptions, qui font la part belle aux couleurs et aux odeurs) qui nous transporte à Cincinnati, mais aussi de par l’histoire. Une fin qui redonne espoir ?

OÙ TROUVER Le livre Beloved ?

J’espère que vous n’aurez aucun mal à trouver Beloved (en français ou en anglais) dans une librairie près de chez vous. Il a été pendant un temps en rupture de stock depuis l’annonce de la mort de Toni Morrison, mais je suis sûr que les poches vont êtres réédités.

QUE LIRE APRÈS ?

Je me suis fait une petite liste des livres de Toni Morrison qui me tentent le plus, dont L’oeil le plus bleu, Home, Un don et Sula.

J’ai aussi très envie de m’intéresser davantage à la littérature afro-américaine, en commençant par les livres suivants :

  • La couleur pourpre, Alice Walker
  • Un autre pays, James Baldwin
  • Mais leurs yeux dardaient sur Dieu, Zora Neale Hurston

J’ai aussi très envie de lire Va et poste une sentinelle de Harper Lee, la suite de Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, que j’avais beaucoup aimé.

Beloved, Toni Morrison est un livre qui se passe aux États-Unis.

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