Dieu, le temps, les hommes et les anges, Olga Tokarczuk

Olga Tokarczuk, prix Nobel de littérature 2018, met en scène dans Dieu, le temps, les hommes et les anges une multitude de personnages vivant dans le village fictif d'Antan, en Pologne, aux prises avec les forces du destin. L'autrice polonaise a écrit un très beau roman, aux frontières du conte et de la fable, pour mieux raconter l'histoire polonaise du XXe siècle et son impact sur les corps et les esprits des Polonais et des Polonaises.

POURQUOI LIRE Dieu, le temps, les hommes et les anges ?

  • Le livre : publié en 1996 (1998 en France), c’est l’un des premiers romans de l’autrice Olga Tokarczuk, lauréate du Prix Nobel de littérature 2018.
  • Le décor : un village fictif de Pologne – Antan – de la veille de la Première guerre mondiale au monde contemporain.
  • Le genre : ce livre tient beaucoup du conte et de la fable, où magie, croyances et destin régissent le quotidien des gens.
  • Le style : l’écriture d’Olga Tokarczuk est très belle et elle me touche beaucoup. Elle est simple, fluide, mais en même temps inventive et joueuse.

L’HISTOIRE

Il est difficile de résumer le livre tant l’histoire est riche et multiple. On suit plusieurs personnages d’un petit village de Pologne. Au début du livre, la Première guerre mondiale éclate, des hommes meurent, des enfants naissent. Et puis le monde continue de tourner, d’autres guerres éclatent, d’autres hommes meurent et d’autres enfants naissent. Par petites touches, Olga Tokarczuk raconte ce que Dieu et le temps font aux hommes et aux femmes d’Antan.

Une histoire de la Pologne, des gens, des choses

Le destin – ce que le titre nomme Dieu ou Le Temps – est non seulement le thème principal de ce livre, mais également le personnage le plus important de Dieu, le temps, les hommes et les anges. C’est lui qui décide de ce qui arrive aux hommes, aux femmes, aux animaux, aux plantes et aux choses.

« Les gens croient vivre plus intensément que les animaux, les plantes et – à plus forte raison – les choses. Les animaux pressentent que leur vie est plus intense que celle des plantes et des choses. Les plantes rêvent qu’elles vivent plus intensément que les choses. Les choses, cependant, durent ; et cette durée relève plus de la vie que quoi que ce soit d’autre. »

Dieu, le temps, les hommes et les anges, Olga Tokarczuk

Les gens croient être maîtres de leur destin, mais celui-ci n’en fait qu’à sa tête. Et dans Dieu, le temps, les hommes et les anges, le destin n’est pas clément avec les habitants d’Antan. Une guerre, puis une autre. Une occupation allemande, puis une occupation russe. Les gens d’Antan n’ont rien demandé à personne, mais ils continuent de vivre en espérant que le prochain hiver ne sera pas aussi dur que le précédent. En vieillissant, ils découvrent parfois la beauté des petites choses du quotidien, alors qu’il est déjà trop tard, parce que leur corps s’éteint petit à petit.

Une histoire des femmes et de leurs corps

Entre amour, désirs, souffrances et vieillesse, entre magie et principes moraux et religieux, les corps de Geneviève, de la Glaneuse, de Misia, de Florentine, de Ruth et des autres sont mis à rude épreuve. Elles vont vivre des accouchements et des fausses couches, elles vont connaitre le plaisir sexuel et les horreurs des viols de guerre, et puis elles vont vieillir, toutes. Elles vont connaître la maladie, la démence, le chagrin, le remords et les morts.

Les plus beaux personnages dans ce livre sont les femmes à mon avis. Elles sont les plus fortes, celles sur qui tout repose. Elles sont celles qui – parce qu’elles vivent plus longtemps – contiennent à elles seules toute la mémoire d’Antan, tenant parfois plus longtemps que leurs maisons.

« Or, c’était un temps où les femmes mouraient plus vite que les hommes. Elles étaient ce récipient d’où l’humanité sourd goutte à goutte. Les enfants sortaient d’elles comme les oisillons des œufs. Chaque femme-œuf devait ensuite se recoller d’elle-même, reconstituer sa coquille. Plus la femme était robuste, plus elle mettait d’enfants au monde et plus elle s’étiolait. Dans la quarante-cinquième année de sa vie, le corps de Florentine, libéré du cycle de l’éternelle parturition, atteignit enfin le nirvana de la stérilité. »

DIEU, LE TEMPS, LES HOMMES ET LES ANGES, OLGA TOKARCZUK

La seule exception est le personnage d’Isidore, qui est un personnage magnifique et complexe, très intéressant. D’ailleurs, ils le sont tous, et je sais que je relirai ce livre un jour pour profiter à nouveau de cette belle histoire !

CE QUE J’EN AI PENSÉ

J’ai adoré cette lecture ! J’ai retrouvé le monde étrange d’Olga Tokarczuk que j’avais découvert dans Les enfants verts, bien ancré dans le réel, mais pour autant emprunt de magie et de mystères. J’ai retrouvé la plume magnifique de l’autrice, qui nous fait rêver et réfléchir à chaque ligne. J’ai aimé les réflexions morales, esthétiques, politiques, religieuses, métaphysiques, magiques. J’ai aimé plus que tout la construction du roman, avec ses très nombreux petits chapitres qui nous font reconstituer cette histoire petit à petit. Bref, je le recommande !

OÙ TROUVER LE LIVRE Dieu, le temps, les hommes et les anges ?

Le livre d’Olga Tokarczuk a été publié aux éditions Robert Laffont, et vient d’être republié en format de poche depuis l’annonce du prix Nobel de littérature. Vous la trouverez peut-être dans une librairie près de chez vous.

QUE LIRE APRÈS ?

Si vous voulez découvrir Olga Tokarczuk, faites comme moi et commencer par un tout petit livre très beau : Les enfants verts. Je vais sans doute continuer ma découverte de l’autrice avec Sur les ossements des morts.

Je compte également enfin me tourner vers la littérature polonaise. J’ai noté quelques titres, qui je pense, pourraient me plaire :

  • Quo Vadis ? Henryk Sienkiewicz
  • Manuscrit trouvé à Saragosse, Jean Potocki
  • Ferdydurke, Witold Gombrowicz

Dieu, le temps, les hommes et les anges, Olga Tokarczuk est un livre qui se passe en Pologne.

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