De la forêt, bibhouti bhoushan banerji

De la forêt est un livre poétique et écologique de l'écrivain indien Bibhouti Bhoushan Banerji. Écrit dans les années 1930, il vient enfin d'être traduit et publié en français chez Zulma. C'est un roman magnifiquement écrit, qui nous fait voyager dans les forêts du Nord-Est de l'Inde et nous donne à réfléchir sur la façon dont nous vivons dans le monde qui nous entoure – et de ce que nous en faisons.

POURQUOI LIRE De la Forêt ?

  • Le livre : écrit dans les années 1930, De la forêt vient seulement d’être traduit en français et publié par les éditions Zulma.
  • Le décor : l’État du Bihar, dans le Nord-Est de l’Inde, entre forêts luxuriantes et petites exploitations agricoles pauvres.
  • Le genre : je ne sais pas si le roman écologique est un genre en soit, mais ce livre devrait être un des classique du genre.
  • Le style : Bibhouti Bhoushan Banerji a une écriture si poétique ! Il décrit les forêts indiennes avec une telle précision qu’on a l’impression de les voir et les sentir !

L’HISTOIRE

On apprend de nombreuses choses dès le prologue : il n’y a donc pas de surprise dans De la forêt. Un jeune homme, Satyacharan, fraîchement diplômé, ne trouve pas de travail à Calcutta. Grâce à un ami, il va partir dans une forêt du Nord-Est de l’Inde, afin de la partager en fermages auprès des paysans de la région pour le compte du propriétaire Bengali.

Regardant d’abord de haut les habitants du Bihar et méprisant les beautés de la forêt, il va tomber progressivement sous le charme de la région et des personnes qu’il va y rencontrer. Mais ce bonheur sera éphémère : son travail l’oblige à détruire cette forêt dont il est tombé amoureux pour la transformer en terres agricoles.

Un roman écologique

Conditions climatiques obligent, le roman écologique est un genre à la mode en ce moment. Mais De la forêt a été écrit dans les années 1930 ! Est-ce que Bibhouti Bhoushan Banerji était en avance sur son temps ? Ce qui est sûr, c’est qu’il s’est inspiré de sa vie pour écrire ce livre. Bengali, né à Calcutta, l’auteur a vécu pendant plusieurs années dans le Bihar, la région qu’il décrit dans ce livre. De ses souvenirs des forêts luxuriantes qui disparaissent, il écrit une ode magnifique à la nature qu’on détruit pour les besoin humains.

Le narrateur est justement payé pour donner en fermage des bouts de la forêt qui appartient à des riches propriétaires de Calcutta. Il repousse tant qu’il peut le moment où il devra vendre chaque parcelle, parce qu’il est tombé amoureux de cette forêt. Mais il finit par faire son travail. Et quand il part, quand il a fini de morceler la forêt pour que des petits paysans très pauvres la défrichent et travaillent la terre, il ne reste plus que des champs cultivés et des bidonvilles, là où il y avait un paradis sauvage avant.

De la forêt semble avoir été écrit pour demander pardon. De nombreuses années plus tard, Bibhouti Bhoushan Banerji regrette ce qu’est advenu de cette région, et espère que des bouts de forêt subsisteront pour les gens du futur.

« Un jour viendrait, peut-être, où les hommes de notre pays ne pourraient plus voir de forêt. Il n’y aurait plus que des champs cultivés et des usines de jute. La fumée des usines textiles serait partout visible. Ils viendraient alors dans cette région reculée comme en pèlerinage. Puissent ces forêts être préservées, inchangées, pour ces hommes du futur ! »

De la forêt, bibhouti bhoushan banerji

Une méditation sur le monde

Ce séjour de plusieurs années en forêt va véritablement changer le narrateur et sa vision du monde. Il vient de Calcutta plein de préjugés.

Sur la nature sauvage d’abord. Il ne voit d’abord dans la forêt que désagréments, où les périodes de sécheresse suivent des pluies incessantes, où des animaux sauvages et dangereux rodent, où rien n’est sûr. Mais après quelques jours ou quelques semaines, il finit par s’acclimater. Il prend de plus en plus de plaisir à parcourir cette forêt qu’il trouve enfin belle – parce qu’elle est sauvage. Ce qui lui avait tant déplu devient ce qu’il chérit le plus. Il ne peut plus s’en passer. Alors qu’il regrettait tout d’abord l’absence des plaisirs de la ville, cinémas, amis, il finit par étouffer chaque fois qu’il rejoint la ville la plus proche.

Puis sur les gens de la région. Quand il arrive, il ne les comprend pas, ils parlent hindi et lui ne parle que bengali. Il les trouve frustres, sans culture. Et puis à leur contact, il va changer. Il va finir par se prendre d’affection pour ces paysans très pauvres, qui vivent dans des conditions déplorables. Il va en aider beaucoup. Pour d’autres, il ne pourra rien faire.

À leur contact, il va apprendre à vivre comme eux dans et avec la forêt. Cette forêt qui l’apaise. Il apprend finalement à prendre son temps, à s’assoir au pied d’un arbre, à sentir le parfum des fleurs, à écouter les oiseaux, à regarder autour de lui. À profiter de ce qui existe, sans avoir besoin de rien d’autre.

« Des hérons avaient élu domicile sur la plus haute branche du vieux ficus et, de loin, on eût dit des bosquets de fleurs blanches épanouies. L’endroit est très ombragé, solitaire et, de là, on ne voit que la ronde des collines bleues qui se tiennent par la main comme de jeunes enfants. En parlant avec Jaypal, à l’ombre du grand ficus, j’avais l’impression que le mode de vie apaisé de mon interlocuteur, son calme, son détachement, l’absence de tout souci, et la paix que dégageait cet immense arbre, pénétraient étrangement en moi, doucement mais sûrement. À quoi bon s’agiter et courir ici et là ? »

DE LA FORÊT, BIBHOUTI BHOUSHAN BANERJI
De la forêt de Bibhouti Bhoushan Banerji
Photo pour instagram de De la forêt de Bibhouti Bhoushan Banerji avec lentilles, persil plat et poivron

CE QUE J’EN AI PENSÉ

C’est simple : j’ai adoré ce livre ! Il m’a permis de m’évader pendant cette période de confinement. Avec De la forêt, j’ai voyagé, mais j’ai également rêvé, médité… bref, c’était la lecture parfaite pour la situation actuelle.

Il se dégage de ce livre une réflexion sur le monde et les gens qui a fait écho en moi. Les personnages des paysans de la région du Bihar m’ont beaucoup touché. Ils sont dépeints avec tant d’amour qu’il est difficile de ne pas s’attacher à eux. Tout comme à la forêt. Les derniers chapitres du livre sont déchirants et tristes. Mais l’écriture de Bibhouti Bhoushan Banerji est si belle et poétique qu’on referme le livre avec un sourire nostalgique aux lèvres.

OÙ TROUVER de la forêt ?

Le livre De la forêt de Bibhouti Bhoushan Banerji a été publié en français en 2020 chez Zulma (vous pouvez d’ailleurs l’acheter en version numérique sur leur site, en attendant que les librairies ouvrent à nouveau). La traduction du bengali est de France Bhattacharya. Vous le trouverez dans toutes les bonnes librairies de littérature étrangère.

QUE LIRE APRÈS ?

J’ai très envie de découvrir d’autres livres de Bibhouti Bhoushan Banerji, à commencer par son livre La Complainte du sentier, considéré comme son chef-d’œuvre.

J’aimerais aussi lire davantage de livres qui se passent en Inde, j’ai noté :

  • L’équilibre du monde, Rohinton Mistry
  • La colère des aubergines, Bulbul Sharma
  • Le tigre blanc, Aravind Adiga

Vous en connaissez d’autres ?

De la forêt, bibhouti bhoushan banerji est un livre qui se passe en Inde.

4 Commentaires

  1. Mélopée 03 / 07 / 2020

    Un classique aussi en littérature indienne : « Un garçon convenable » de Vikram Seth. Mais c’est une bien belle brique !

  2. Regine F.Hagedorn 01 / 08 / 2020

    livres Inde: « L’équilibre du monde  » (Mistry)
    « Un fleuve de fumée » (Amitav Ghosh)
    « Le dieu des petits riens » (Arundhati Roy)
    « Le seigneur de Bombay » (Vikram Chandra) : un polar baroque contemporain

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